Une ville de trois fois la surface de Paris, sans métro

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Hier, je me suis embrouillée dans le système des bus, et j’ai mis deux heures pour me rendre dans le centre commercial où je voulais aller. Du coup je suis bien remontée ; aujourd’hui on va en profiter pour parler transports.

Pour arriver à Krasnoyarsk, pas de problème : il y a un aéroport, une gare (par où passe le Transsibérien), et des autocars assez bon marché pour les destinations pas trop lointaines (c’est à dire, en termes sibériens, ne se situant pas à plus de 1500km).
Par contre, c’est une fois arrivé-e en ville que le problème commence. En effet, comme je l’ai dit, la ville est extrêmement étalée, et on se demande ce que fument les urbanistes qui la construisent. Pour couronner le tout, il n’y a pas de métro (trop de corruption pour mener à bien le projet, qui a existé il fut un temps), et les tramways, en plus de ne desservir qu’environ un quart de la ville, ressemblent à des vieilles boîtes de conserve et marchent très mal.
Il ne reste plus que le transport motorisé à roues : voiture individuelle, et bus. Je vous le donne en mille : ville conçue n’importe-comment + aucune alternative à la route + gros fleuve et voies de chemin de fer à traverser = bouchons, partout. Au vu des problèmes de boue et de flaques, je pense quand même que la voiture individuelle est le moyen de transport le plus commode. La plupart des habitants pensent comme moi, mais pas tous ont les moyens de s’acheter un véhicule (en plus, la conduite reste très genrée masculine ; les couples ayant deux voitures sont extrêmement rares, les hommes auront plutôt tendance à « faire taxi » pour leurs femmes, demandez à mon père qui en une semaine, le soir après le boulot, a emmené sa meuf chez le coiffeur, le manucure, et le toiletteur pour son Yorkshire).
Et donc, toute la fraction de la population qui n’a pas les moyens de se payer une voiture (ou a peur de conduire, ce que je comprends au vu du style de conduite ici ; j’ai failli tomber dans les pommes à chaque fois que mon grand-oncle qui m’emmenait au village faisait un vieux dépassement sans visibilité ou dépassait un camion par la droite ; et c’est loin d’être le pire…), toute cette partie de la population, donc, prend le bus (les tramways circulent quasi-vides ; je pense que leurs jours sont comptés).

Les bus sont plus ou moins gérés plus ou moins individuellement de manière privée si j’ai bien compris ; il n’y a pas de régie des transports. Du coup, d’une part il faut payer à chaque fois que tu montes dans un bus (la ville commence tout juste à essayer de mettre en place un système pour des tickets avec correspondances). D’autre part, tu es censé-e savoir comment te rendre là où tu as envie d’aller. En effet, sur les arrêts de bus il n’y a quasiment aucune information. Depuis quelques années il y a heureusement, au moins, un site qui recense les parcours des transports, mais c’est assez récent, et une minorité a internet sur son portable.

Voici ce qui s’est passé hier : je veux aller à un centre commercial situé à l’autre bout de la ville. Je demande à ma grand-mère quel bus y va. Elle me dit « le 23 je suppose ». Je vais à l’arrêt de bus, prends le 23 dans le mauvais sens, m’éloigne de ma destination, sors sous une pluie battante, prends le 23 dans l’autre sens, roule une heure, comprends que le 23 ne va pas là où je veux, sors, attends 15 minutes, chope un bus sur lequel il est clairement écrit le nom du centre commercial où je voulais me rendre. Bon OK, j’ai été carrément teubé de ne pas vérifier le trajet sur internet avant de partir, et de ne pas demander conseil aux dames qui vendent les tickets dans les bus. Mais le fait est que le plan du trajet du bus, ainsi que la liste des arrêts, ne sont affichés ni aux arrêts de bus, ni dans tous les bus. Avec un peu de chance tu peux voir écrite sur un bus qui s’approche la liste des grands axes sur lesquels il passe, et des arrêts importants qu’il dessert, pour ainsi en 5 secondes décider si tu y montes. Mais le plus simple reste de demander à « quelqu’un qui sait » (famille, amis, gens à l’arrêt de bus, vendeuse de tickets).

Le trajet coûte, en ce mois d’août 2014, 19 roubles, soit au cours actuel 0.39€. Et oui, en 2014 il faut toujours acheter le ticket à une personne qui les vend dans le bus, profession quasi-exclusivement féminine. On donne 19 roubles en liquide ; la vendeuse donne un vieux ticket en papier, dont le design n’a pas dû évoluer depuis l’URSS.

Schastlivyj_bilet

Bref, on est au fin-fond de la Sibérie, mais grâce à l’incompétence des pouvoirs publics en termes de transports en commun et d’urbanisme, on a tous les « avantages » des grandes villes, à savoir bouchons atroces et air pollué (OK, pour l’air les usines y sont aussi pour quelque chose, on va en reparler).

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