Si rien qu’à le regarder tu ne sens pas tes artères se boucher, ce n’est pas de la bouffe russe

On enchaîne avec la nourriture, parce que c’est bon la nourriture.

Prélude : des oladye (sortes de pancakes) noyés sous la crème fraîche, parce que quel est le problème à manger de la friture et de la crème ensemble, je vous le demande.

oladushki mnogo smetani

Je vais commencer par le rapport particulier des Russes à la nourriture. Il faut savoir que quand tu es un homme et/ou que tu es un-e invité-e ou jeune, on ne va pas te demander « Tu as mangé ? », mais « On t’a nourri-e ? ». C’est donc extrêmement genré ; la cuisine est considérée comme un endroit où les femmes sont les chefs, mais aussi une activité qui leur incombe « évidemment » ; et ce concept de devoir « nourrir » les gens est fondamental dans le rapport aux maris, enfants, invités. Les grand-mères russes sont un peu championnes en la matière quand leurs petits-enfants viennent leur rendre visite. Par exemple (j’ai 22 ans et je squatte chez ma grand-mère paternelle là, elle est âgée de 80 ans, il faut aussi savoir que je suis insomniaque, et que je ne suis pas particulièrement handicapée quand il s’agit de me trouver à manger), la nuit dernière à 5h du matin, j’ai croisé ma grand-mère en train de fouiller dans le congélateur.
« Mais que fais-tu là ? demandai-je, étonnée.
— Je me suis réveillée, j’ai vu la lumière donc j’ai su que tu ne dormais toujours pas, donc je me suis dit que tu allais avoir faim et j’allais te sortir de la nourriture, pour que tu la trouves si jamais tu en veux, me répondit babouchka avec candeur.
— Mais je peux me débrouiller toute seule, je suis adulte à la fin, et je ne pense pas être teubé à ce point ! Va dormir toi !!!
— Mais tu allais avoir faim et ne pas savoir quoi manger… »
À l’heure où je vous relatais ce dialogue de la veille (il est 1h47 du matin), aujourd’hui ma grand-mère m’a à nouveau rendu visite. Elle n’arrivait pas à dormir parce qu’elle ne savait pas ce que j’allais manger demain au petit déj’ (je me réveille très tôt pour partir en week-end à la campagne), alors elle m’a cuisiné un truc et m’a fait promettre que je le mangerais. Bien sûr je l’ai à nouveau copieusement engueulée de s’empêcher de dormir pour ça, mais je suis sûre que ça ne lui a toujours fait aucun effet ; le concept d’être responsable de nourrir ta petite-fille (par ailleurs adulte et a priori pas trop teubé, en tout cas largement capable de s’en sortir) est trop profondément ancré.

Une autre spécificité du rapport des Russes à la bouffe, c’est le concept de se boire un thé. En effet, ce concept ne recouvre pas que le thé, mais également les biscuits, chocolats, gâteaux, et tartines à la confiture, au fromage et au saucisson qui se doivent de l’accompagner (pas forcément TOUT ça à la fois mais vous voyez l’idée). Ce thé peut se prendre autant de fois dans la journée qu’il peut y avoir de pauses thé au boulot, ou de visites d’amis ou membres de la famille à la maison (« J’ai une tendance naturelle à être ronde », soupirait une amie autour d’un thé en plein milieu de l’après-midi, en s’enfilant paisiblement une énième tartine de sauciflard).

Ah oui, la plupart des Russes n’ont rien contre le fait de manger salé (et/ou carrément consistant) au petit déj’. Ce qui fera consensus seront les habituelles tartines au fromage et sauciflard. Personnellement, comme pas mal d’autres Russes je crois, je trouve que bouffer par exemple des patates au petit déj’ est aussi une saine idée… Les Anglais ou les Allemands mangent bien des petits déjs salés aussi ; j’ai l’impression que c’est plutôt en France qu’on fait une petite fixette sur le sucré au petit déj’ non ?

Bon maintenant que j’ai dit tout ce qui me passait par la tête sur le rapport à la bouffe en général, on va partir sur des plats en particulier. J’essaie de séparer la cuisine globalement russe et le typique sibérien, mais je ne suis pas trop sûre d’être capable de distinguer l’un de l’autre. Par ailleurs, tous les peuples autochtones sibériens ont bien sûr leur cuisine, mais je m’avoue totalement ignorante en la matière, donc je reste sur la bouffe slave (pour plus d’infos, attendez les articles « histoire » et « population »).

On commence par la bouffe russe en général.

olivie

Ceci est une « salade russe », ou encore « salade Olivier » (du nom du chef français qui l’a inventée dans son restaurant à Moscou au XIXè). Plat typique de tout repas de fête, elle est composée de divers ingrédients coupés en petits cubes, puis noyés dans la mayonnaise (je vous avais prévenu-e-s pour le bouchage d’artères !). On peut y mettre des patates, des petits pois, des carottes, du fromage et du sauciflard (évidemment !!), de l’œuf dur, des concombres marinés (équivalent local du cornichon, en plus gros)…

schi borcsh

Ici, deux types de soupes avec du bouillon de viande, des patates et du chou dedans : le schi (soupe au chou russe), et le borsch (qui est le même genre de truc mais avec de la betterave en plus, ce qui lui donne cette intense couleur rouge). Parce quand on rentre à la maison après être sorti-e par -30, se réchauffer avec de la soupe est appréciable. Ce type de plat (pourtant pas mal consistant grâce à son fort contenu en patates) fait souvent office d’entrée.

pirojki

Ceci est un plat de pirojkis, petits beignets salés, cuits au four ou frits (deuxième option pour la photo). Ils peuvent contenir de la viande, des patates, de l’œuf dur, du chou (on parle souvent de patates et de chou dans cet article ; c’est normal), ou encore tout ce que la personne qui les prépare a bien envie d’y mettre.
L’œuf dur se mélange habituellement avec un condiment assez commun, ce qu’on appelle en russe « de l’oignon vert » et qui correspond à la partie émergée de l’oignon, c’est une feuille verte tubulaire que l’on hache finement, et ça se rapproche de la ciboulette.

Il y a bien d’autres plats russes typiques, on passe aux spécificités de la Sibérie, mais d’abord un truc contestable : ma grand-mère (qui du coup est en ce moment, de facto et un peu malgré moi, mon autorité en matière de bouffe) dit que ce qui suit est un plat sibérien typique, mais je ne trouve nulle part confirmation de cette information, ce pourrait être juste un plat russe.

okroshka

L’okroshka est une soupe froide, parfaite pour les chaudes journées d’été. Ça consiste à couper des trucs en petits cubes : les éternelles patates, des concombres, des tas d’herbes fraîches comme du persil etc. Et ensuite à noyer tout ça dans du kvas.

kvas

Le kvas est une boisson parait-il très rafraichissante. Bon ça n’a pas toujours une aussi vieille gueule, c’est moi qui ai choisi la pire photo parce que j’ai horreur de ce truc. Ça se prépare (ce qui est faisable à la maison mais on peut en acheter de l’industriel) en faisant plus ou moins fermenter du pain rassis avec de la levure. Il y a environ un peu moins de 1% d’alcool dedans, donc en gros c’est du soft. L’été on peut en acheter dans la rue depuis ces gros tonneaux jaunes :

mnogo kvasa

Bon et finalement je n’ai pas grand-chose à dire sur la bouffe typiquement sibérienne (on en reparle dans l’article « population », mais la culture russe est assez homogène sur le territoire, il faudrait aller chercher chez les populations autres que russes qui elles, varient beaucoup géographiquement, ON Y REVIENDRA).

Durant des siècles, le climat local rendait quasi-impossible d’avoir des fruits et légumes frais en hiver (autres que ceux qui se gardent bien comme les patates et les pommes), d’où l’habitude de faire des bocaux de conserves salées et vinaigrées pour consommer des concombres, des tomates et du chou l’hiver. On y ajoute des herbes et divers condiments pour que la marinade soit aromatique. Pour les fruits, les baies locales récoltées en été (cassis, framboise, cerise sibérienne…) sont en grande partie transformées en confiture pour pouvoir les conserver, et les manger en hiver.
Bien que la mondialisation et donc la possibilité grandissante d’importer de la bouffe, et le progrès technique (serres, mais aussi frigos et congélateurs) sont passés par là, ces habitudes sont bien ancrées ; la fabrication de conserves à la fin de l’été est un rituel qui persiste bien.

Et pour la viande, l’habitude d’en consommer sous forme de lard et de saucisson est tenace, du fait sans doute de la difficulté de transporter de la viande fraîche et donc de son prix (pourquoi on ne produirait pas de la viande sur place ? On parlera de l’économie de la Sibérie prochainement, un jour où j’aurai envie de m’énerver).

Publicités

2 réflexions sur “Si rien qu’à le regarder tu ne sens pas tes artères se boucher, ce n’est pas de la bouffe russe

  1. Pingback: Oh, let me be mawkish for the nonce! I am so tired of being cynical. | Krasno... quoi ?

Laisse bien un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s